Implication corporelle et coaching de vie la suite

Les thèmes clefs abordés dans cet article sont les suivants : Être présent corporellement – L’accompagnant coach de vie n’analyse pas, ne compare pas, n’oriente pas. – Un « oui » à ce qui est – Laisser être ce qui peut l’être.

Question : Lors d’une visioconférence, vous avez dit : « Accompagner, c’est cesser de raisonner, de comparer, de comprendre ». Pouvez-vous expliquez cette phrase ?

Réponse : Pour l’accompagnant en exercice, être ce corps en situation de disponibilité à ce qui est, l’invite à ne plus suivre ses pensées, ses émotions, ses sensations et ses images mentales émergentes. Accompagner, c’est être juste présent corporellement à ce qui surgit sans s’y attacher, c’est-à-dire sans suivre ces phénomènes dans leurs dédalles sans fin… C’est exercer l’accompagnement sans se laisser dévier par des constructions mentales, par des projections diverses et variées. Être ce corps-esprit témoin de ses propres phénomènes mais sans les suivre.

Q : Vous voulez dire sans que l’accompagnant ne suive ses propres pensées ?

R : En effet, si l’accompagnant ne compare pas, s’il n’analyse pas, rien ne peut alors le déranger. Ce qui le perturbe la plupart du temps c’est ce à quoi il parvient dans ses réflexions. Du genre : « Ce n’est pas assez ou bien c’est trop, ou encore il est convaincu qu’il n’a pas posé la « bonne » question au « bon » moment, se sent perdu ou ne cerne plus son client, etc. ». Accompagner, c’est par exemple entendre les sons des paroles de l’accompagné sans s’emparer de sa logique, sans s’attacher à sa demande en particulier, sans jugement, sans intention, mais avec une présence douce, de l’ouverture et de la bienveillance.

Q : Vous insinuez qu’un accompagnant ne pense pas ?

R : Il renonce, le temps de l’accompagnement, à penser, à analyser, à comparer, à suivre ses propres phénomènes mentaux. Il propose d’évoluer dans un lieu partagé dans lequel, de son fait, rien de spécial est tenté. L’accompagnant donne ainsi à rencontrer un corps en présence détendu, sans attente, sans intention, sans chercher à faire quelque chose, ne serait-ce même que le vide en lui. Il se propose d’être simplement assis ou debout, sans s’attacher aux pensées qui surgissent, aux vents multidirectionnels qui les agitent.

Q : Mais si des pensées surgissent, que faut-il en faire ?

R : Rien ! Tout au plus, les recevoir comme des phénomènes naturels, les accueillir pour ce qu’ils sont, les accepter puisqu’ils sont là, mais sans s’en préoccuper, sans les alimenter, sans les rejeter. Les recevoir tels qu’ils sont comme des bulles à la surface de l’eau, des bulles qui ne durent qu’un instant, un très bref instant… D’ailleurs, faites l’expérience de vous intéresser de près à l’une de ces bulles, et vous constaterez alors qu’elle grossit, qu’elle engendre une succession d’autres bulles dont le pouvoir grandissant d’attraction est de plus en plus fort. Et de ces bulles, des préoccupations multiples apparaissent et les constructions mentales ne cessent alors de s’empiler. Et pendant ce temps-là, la présence vis-à-vis de l’accompagné s’évapore… L’accompagnant n’est alors plus dans son corps, en présence. Et que devient l’accompagné ? Au minima, il n’est plus au centre de notre implication, et notre engagement à l’accompagner devient caduc.

Q : Mais, penser est une des grandes fonctions de l’être humain. Faut-il s’obliger à ne plus penser pour accompagner ?

R : Pratiquer l’accompagnement, c’est laisser couler nos pensées. Il ne s’agit pas de les rejeter, de les contrer mais de les laisser être sans que nous les saisissions. Tout est là… Notre mental, nos pensées ont la vocation de nous emmener ailleurs, d’explorer, d’investiguer. Ors, accompagner c’est demeurer ici, là et maintenant, aux côtés de la personne accompagnée. C’est cesser pendant le temps de la séance, de créer des séparations, des niveaux entre cela et ceci, des attachements à tels ou tels principes, à des limites. Il s’agit de cohabiter avec nos pensées, nos émotions, nos sensations, sans chercher à les saisir ou à se laisser dominer par elles. Et c’est parce que nous recevons, accueillons et acceptons ce qui est, que d’autres phénomènes peuvent surgir, par exemple, l’attention et la présence élargies.

Q : C’est facile à dire mais plus compliqué à faire, non ?

R : Très compliqué à « faire » en effet ! C’est pour cela qu’il ne s’agit pas de « faire » mais « d’être » ! Il s’agit alors de respirer librement, sans contrainte (en laissant son corps inspirer et expirer de lui-même) et sans attente d’un résultat quel qu’il soit. Et bien sûr, revenir à son corps et à ses points d’ancrage, avec les pieds en contact avec le sol, avec le fessier posé sur la chaise si nous sommes assis. Il est question ainsi d’être le témoin sans jugement de son positionnement, sans « faire » de cela quelque chose à produire mais à « laisser être ». A l’accompagnant de constater la densité du contact en étant simplement le témoin de ce qui est. Laisser alors réguler sa respiration si tant est qu’elle se régule. Laisser le poids de son corps peser au sol sans chercher à « faire » quoi que ce soit, sans saisir, sans en « faire » un sujet à penser, à rectifier, ni même à améliorer ! Simplement constater ce qui est, à cet instant, puis à une autre occasion dans la séance, puis lors d’une autre séance… Toujours observer sans attente, sans jugement, sans « faire » quelque chose. Ce sont juste des manifestations qui passent. Recevoir ce qui est, tel quel, sans vouloir qu’il en soit autrement. Être simplement. Être là, seulement être là…

Et c’est alors que les attentes tombent, les jugements se désagrègent, les « vouloir » fléchissent, les « faire » se décomposent… Accompagner, c’est être complètement avec soi, dans le moment qui s’écoule, et être entièrement aux côtés de l’accompagné.

Q : C’est parce que l’accompagnant est en attention vis-à-vis de lui-même qu’il est en pleine présence aux côtés de l’accompagné ?

R : Oui ! Cela peut paraitre étrange, ne trouvez-vous pas ? Lorsque l’accompagnant est en présence avec lui-même, sans intention, sans vouloir, sans faire quoi que ce soit, simplement en disponibilité vis-à-vis de ce qui est, en laissant être ce qui peut l’être, l’entre-deux relationnel se libère des encombrants et des injonctions de toutes natures. Il s’agit, pour l’accompagnant, d’être honoré d’être qui il est et ce qu’il est dans ce moment particulier de l’accompagnement. Sans rien « faire » de particulier parce qu’il n’y a rien à « faire ». Simplement être, et naturellement la présence est.

Q : En fait, il s’agit pour l’accompagnant, de ne rien vouloir, ne rien chercher, ne rien écarter, ne rien rejeter…

R : C’est un oui à ce qui est, en soi, à la relation et à ce qui est chez l’accompagné. Tel qu’il est, là où il en est. Recevoir et accueillir sans jugement de bien ou de mal, de vrai ou de faux, de juste et de pas juste. En conséquence, le mental qui arbitre ordinairement, n’a plus matière à arbitrer. Ce oui à ce qui est, est une façon d’être en intimité avec soi-même, et par le miroir réfléchissant que l’accompagnant est, il invite sans le vouloir mais de fait l’accompagné à porter son regard en lui. Comme par résonance… Une invitation discrète d’Être à Être…

Q : En somme, il s’agit de laisser les mouvements intérieurs de l’un comme de l’autre, accompagnant et accompagné, se mouvoir le plus librement possible…

R : En effet, cette philosophie pratique de l’accompagnement incarne une pensée qui tend à ne stagner sur rien, à laisser être chaque instant écoulé. Cela permet à l’accompagnant de ne s’identifier personnellement à rien. Ainsi, tout circule avec fluidité. Ces mouvements circulants favorisent une conscience élargie au sein même de l’épaisseur de la conscience ordinaire. Elle propose de la mobilité là où cela macère et croupit dans l’obscurité du mental.

D’ailleurs, à cet instant précis, que faîtes-vous ? Vous cherchez à comprendre ce que vous écoutez, ce que vous lisez, et vous vous livrez peut-être à des raisonnements, à des déductions, à des spéculations, à des projections. En cette circonstance de lecture ou d’écoute, cela semble « normal » de se livrer à ces expériences. En revanche, en situation d’accompagnement, se livrer aux mêmes manifestations mentales lorsque par exemple l’accompagné raconte son histoire, dévoile son questionnement, livre ses errances et ses doutes, est contre-indiqué, contre-productif voire très encombrant. Comme si les activités mentales recouvraient le comportement et l’Être de l’accompagnant comme de l’accompagné. Ce recouvrement mental laisse alors peu de place à l’inattendu, à l’inopiné, à l’inaccoutumé, bref à des réponses et des solutions nouvelles.

Q : Mais les pensées ne sont-elles pas toujours là, en flux tendu ?

R : Bien sûr, le flot de pensées ne s’arrête jamais. En revanche, l’accompagnant a la responsabilité de ne pas se laisser agiter par ses pensées (et par les pensées exprimées par la personne coachée !). Il veille à ne s’attacher à aucune d’elle et fort de constater alors que son esprit devient vaste, non restreint, infini, sans enfermement dans des catégories, des a priori, des conditionnements habituels. Tout devient simple, beaucoup plus simple, joyeusement simple… Et si tout est joyeusement simple, c’est qu’il n’y a rien à ajouter à l’instant présent.

K.G. Dürchkeim disait : « Restez avec ceci et cela dans l’instant, sans chercher à modifier quoi que ce soit. La pensée est juste la pensée. La pensée qui surgit est uniquement une pensée qui surgit ».

Q : J’ai compris que l’accompagnant n’a plus à « faire » mais à « être » !

R : Oui, simplement recevoir l’Être qui est. Mais sans chercher à être !

Q : Sans chercher à être ??

R : En effet, parce que si vous cherchez à être, vous faîtes quelque chose. Or, il n’y a rien à faire, même pas à être puisque vous êtes

Q : La philosophie que vous développez ressemble beaucoup à la pratique de la méditation…

R : Accompagner est une méditation en mouvement. C’est aussi une voie millénaire qui prend des formes différentes selon les civilisations, les continents et les sociétés qui se succèdent. Ce processus intérieur de renoncement à vouloir, à faire, à comprendre, c’est privilégier autant que possible la réalité de l’ici et maintenant, là où tout se transforme. Là, ici et maintenant est le seul espace ou « ça se libère, ça se fluidifie et ça se transforme réellement ». Et c’est cet espace intérieur ainsi libéré chez l’accompagnant qui est mis à disposition dans la relation. Un espace vide (plus ou moins, soyons honnête !) dont il ne faut pas sous-estimer la puissance créatrice et attractive. Cet espace libéré de certains oripeaux mentaux permet d’accéder à des « zones » de conscience dites de résolution, de créativité, d’innovation et d’inventivité, et ce, chez la personne accompagnée ! Car, comme toujours, la réponse aux questions de l’accompagné se trouve en lui… Ce dernier accède ainsi à sa propre clarté.

Q : En quelque sorte, l’idée est d’être en présence, sans intention, sans idées préconçues, pour que l’accompagné explore et recherche en lui-même ses propres ouvertures et réponses ?

R : Oui, comme si sa réponse avait toujours été là mais dissimulée par ses propres conditionnements et par les ingérences diverses et multiples venues de l’extérieur. Comme si ces dernières, malgré de bonnes intentions, s’ingéniaient à brouiller involontairement les pistes.

La pratique de l’accompagnement en coaching de vie consiste à sortir du cercle répétitif des conditionnements de toute nature afin que la personne coachée trouve en elle-même, de nouvelles voies, perspectives et solutions à sa situation présente.

En offrant à l’accompagné la présence d’une posture dans laquelle la conscience élargie à ce qui est, advient par résonance, l’accompagné est interpelé par sa propre dimension intérieure. Là où précisément résident les réponses à ses questionnements. Car une évidence s’impose : la personne accompagnée ne s’interroge sur un sujet que parce qu’elle dispose quelque part en elle, d’une réponse, ou d’un accès à celle-ci ! Il lui reste alors à accueillir avec conscience ce qui est déjà là, ignoré jusqu’à présent. Juste recevoir, accueillir et accepter, sans rien ajouter. Demande, besoin et réponse, tout est déjà là, en accès libre. Encore faut-il être accompagné sur cette voie…

(A suivre…)

Roger DAULIN Superviseur coaching de vie

A retenir :

  • L’accompagnant coach de vie reçoit, accueille et accepte ses pensées, ses émotions, ses sensations sans s’y attacher, en les laissant passer.
  • L’accompagnant coach de vie renonce à analyser, à comparer, à suivre ses propres phénomènes mentaux.
  • Il s’agit pour lui de recevoir, d’accueillir et d’accepter ses manifestations intérieures sans les alimenter, sans les rejeter.
  • Pratiquer l’accompagnement, c’est laisser s’écouler ses pensées, ses émotions, ses sensations et demeurer en présence, aux côtés de l’accompagné.
  • Et ainsi tout devient simple, joyeusement simple…
  • Accompagner et coacher invitent à un processus intérieur de renoncement à « vouloir, faire, et comprendre… à la place de la personne accompagnée ».

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