En coaching de vie, lorsque la souffrance surgit et s’impose en séance

La proximité avec la souffrance de l’autre dérange. Que l’on se soit préparé à son surgissement ou pas… Et son intensité peut être telle qu’elle occupe toute la place dans la relation entre coach et coaché. Elle s’intègre alors dans une totalité qui se densifie et qui fait masse. Il faut bien le reconnaître, la souffrance psychique ou physiologique a un fort pouvoir de captation.

Par ailleurs, elle réinterroge le coach de vie sur ses propres représentations et projections sur la souffrance. Dans ces situations, comment le coach de vie accompagne-t-il ? Que fait-il de ce qu’il éprouve lorsqu’il est confronté à la souffrance de l’autre, et inévitablement à sa propre expérience de celle-ci…

La souffrance exprimée par la personne accompagnée place le coach de vie dans une complexité relationnelle. Elle questionne directement, si ce n’est pas brutalement, son positionnement, sa posture mais aussi son vécu.

Catherine CHALIER, philosophe, a écrit : « La vie qui souffre est une vie qui a besoin de refaire le lien entre le sujet et la vie ». Entre le sujet et son existence… Entre le sujet et ses aspirations profondes…

Le coach de vie comme d’autres professionnels de la relation, se trouve régulièrement convoqué en tant que témoin de la précarité humaine, et bien sûr, de la souffrance qu’elle soit psychique, physiologique ou spirituelle.

Les thèmes clés abordés dans cet article sont les suivants : Accompagner la souffrance ou accompagner une personne en situation de souffrance ? – Empathie ou compassion.

Question : Faut-il avoir souffert pour accompagner la souffrance d’une personne ?

Réponse : Cette question directe m’amène à répondre sur différents niveaux. Premier niveau : un coach de vie n’accompagne pas la souffrance elle-même, mais la personne en situation de souffrance. Et cela change d’emblée la donne. Deuxième niveau : bien entendu, il est rare qu’une souffrance qui surgit ne questionne pas tout de suite le vécu du coach de vie et bien sûr, en situation d’accompagnement, son positionnement et sa posture. La souffrance de l’autre va immédiatement questionner le coach de vie sur la façon dont il se situe dans les métiers de la relation humaine. Est-il un aidant ? Un soignant ? Un thérapeute ? Ou bien est-il, en tant que coach de vie, seulement mais entièrement un accompagnant comme son positionnement le précise ? Et de ce positionnement d’accompagnant découle une posture spécifique. Mais aussi à partir de cette posture, un dispositif relationnel particulier se déploie. Lorsque, en tant que coach de vie, nous sommes ébranlés ou tout simplement et naturellement touchés par la souffrance de l’autre, il est essentiel de questionner sa façon et sa manière d’être aux côtés de la personne en demande sans pour autant se mettre à la place de celle-ci. Si la personne coachée a souhaité être accompagnée, c’est qu’elle a besoin d’un professionnel proche d’elle, mais qui ne se confond pas avec elle !  Aussi, en rapport avec notre positionnement et notre posture en tant que coach de vie, nous parlerons davantage de compassion que d’empathie…

Q : Quelle différence faites-vous entre empathie et compassion ?

R : Avoir de l’empathie vis-à-vis d’une personne c’est la capacité à se mettre à sa place, à la comprendre à partir de là où elle s’exprime, à partager au plus près son vécu et de tenter d’éprouver ce qu’elle ressent. Le risque alors est de se rapprocher au point de se fondre en l’autre… L’empathie dans l’absolu est une noble attitude mais elle n’est pas celle du coach de vie. La posture même de l’accompagnant d’une part, et d’autre part le dispositif relationnel propre au coaching de vie, n’inclinent pas à se prévaloir de cette capacité empathique. Elle apparaît d’ailleurs contre-productive par rapport au cheminement proposé et peu à même de respecter une alliance relationnelle où chacun grandit à partir d’une altérité questionnée et recherchée. En d’autres termes, il s’agit pour l’accompagnant coach de vie d’éviter de se mettre à la place de l’autre et de s’identifier à celui-ci. D’ailleurs, est-ce que la personne désire réellement que l’on souffre avec elle ?

En revanche, la compassion est une des vertus cardinales en coaching de vie. Que suppose-t-elle ? Une ouverture maximale à autrui sans projection, sans a priori, sans jugement et un accueil inconditionnel comme préalable indispensable. La compassion facilite l’ouverture à autrui tel qu’il est, là où il en est, avec une infinie bienveillance, avec un regard empreint de douceur et dans un rapport de pleine considération. La compassion induit une reconnaissance de la réalité de l’autre telle qu’il l’a formulé mais sans se mettre à sa place ! D’ailleurs, se mettre réellement à la place de l’autre, est-ce réellement possible ?

Q : Entre l’empathie et la compassion un certain flou existe…

R : Oui et c’est un débat qui se poursuit dans les milieux sociaux, philosophiques, spirituels et autres ! Cela dit, l’atout majeur de la compassion, c’est qu’elle favorise une rencontre de l’autre sans l’envahir, sans prendre place dans son espace, sans se mettre à sa place. Être en compassion favorise une rencontre de l’autre sans prendre position dans son espace en maintenant une qualité relationnelle empreinte de bienveillance et de considération. Cette ouverture d’Être à Être crée un libre échange distancié et respectueux des espaces de chacun.

Q : « Être en compassion » ou « entrer en compassion » comme vous le dites, est-ce recevoir autrui inconditionnellement, avec bienveillance ?

R : Oui, mais pas seulement. Être en compassion est une posture profondément humaniste donnant l’opportunité d’accompagner la personne coachée telle qu’elle se raconte, en lien avec ses ressentis quels qu’ils soient, avec ses besoins et ses aspirations. Il s’agit pour le coach de vie d’être là, en conscience, ancré et centré dans son Être-corps. Il y a à la fois proximité, respect et préservation de la place de chacun. L’état de compassion est une attitude non égocentrée, instaurant un partage réel sans amalgame, sans fusion, sans assimilation de l’un par l’autre. Cette proximité et présence se vivent dans le respect des vécus de chacun. L’accompagnement coaching de vie s’inspire ainsi de cette vertu qu’est la compassion. Et elle est en soi un véritable chemin d’humilité et d’humanité…

Q : Il n’est pas aisé de rester à distance de la souffrance de la personne accompagnée…

R : Il n’est pas question de rester à distance ! Accompagner c’est être en proximité, en présence et offrir l’hospitalité à l’ensemble de la personne, dans sa globalité, sa diversité, sa complexité irréductible, son mystère…et sa souffrance si celle-ci surgit. Rien de plus, rien de moins ! En revanche, se focaliser sur la souffrance au point d’oublier la personne qui la porte, relève d’un non-sens pour un accompagnant coach de vie. Être en proximité de l’autre, en le recevant tel qu’il est, là où il en est, avec sa souffrance peut-être mais pas que sa souffrance… L’accompagné n’est-il que souffrance ? Assurément, non ! Certes, il y a ce « manque-à-être » stigmatisé par une souffrance, mais il y a aussi des « besoins d’être » qui ne demandent qu’à se mettre en mouvement. Doit-on laisser la souffrance se propager au risque de concourir à sa fixation ? N’oublions pas qu’en recevant et qu’en accueillant la personne dans sa globalité, nous lui proposons de ne pas s’enliser dans sa souffrance, dans son passé, ou dans tout autre chose de répétitif ou de suffisamment lourd, et ainsi, potentiellement, de rester en ouverture sur d’autres perspectives. Basculer du « manque-à-être » au « besoin d’être » c’est lui permettre de retrouver du questionnement intérieur, du mouvement et de renouer avec ce qui fait sens pour elle.

Q : Comment un coach de vie peut-il réagir à la souffrance de son client ?

R : (Silence… puis sourire). Dois-je répondre à cette question telle qu’elle est formulée ? Vous reposez la question de « comment faire » alors que la question devrait être « comment être » ! J’entends que le sujet de la souffrance fait son œuvre de captation. Et c’est précisément le risque, sinon la conséquence naturelle dans toutes les relations. La souffrance a beau jeu de s’approprier tout l’espace, de spolier l’Être de ses autres ressources. Face à l’entêtement de la souffrance à se manifester, à supplanter le reste du vivant, le coach de vie, s’il tente de dissoudre une partie de la douleur par une réponse à celle-ci, prend le risque presque inévitable d’être entrainé dans une spirale elle-même douloureuse. Il n’appartient pas au coach de vie de répondre et encore moins de solutionner la douleur et la souffrance d’autrui. Ce n’est ni son rôle, ni sa responsabilité, ni son positionnement. D’autres professionnels de la relation psychothérapeutique, ou du soin corporel, dont cela est le métier, ont la légitimité pour se préoccuper de la souffrance, d’identifier son processus et de porter un diagnostic. Ils sont à même de procéder à une prise en charge de la douleur, de la souffrance.

Ce n’est pas la visée d’un coach de vie de « prendre en charge » qui et quoi que ce soit et encore moins un symptôme, une somatisation ou une souffrance. Un coach de vie accompagne… Il ne soigne pas, il ne solutionne rien, il n’a pas de réponse spécifique à la souffrance de la personne accompagnée. En revanche, il propose au client de questionner son « besoin d’être », cette force agissante qui anime en permanence le vivant. Le coach de vie invite ainsi la personne à poser un regard différent sur ce qu’elle traverse, de trouver en elle d’autres possibles, d’autres ouvertures et perspectives. De questionner ce qui peut avoir du sens en elle, pour elle. D’envisager par elle-même des réponses même partielles à ce qu’elle vit. Car si elle souffre suite à une rupture ou un traumatisme c’est son existence qui est concernée…

 J’entends, bien sûr, que la souffrance d’autrui nous convoque les uns et les autres à l’adversité, à ce qu’il y a d’irréductible parfois. La question de « comment faire » ne doit pas se substituer à la principale interrogation pour le coach de vie : « comment être » … Comment être aux côtés d’une personne en situation de souffrance ? Comment se situer en tant que corps-témoin-accompagnant ? Est-ce que notre corps respire naturellement ? Si oui, sommes-nous conscients des mouvements inspirants et expirants ? Respirons-nous en conscience ? Nos pieds sont-ils ancrés au sol ? En fait, sommes-nous bien là, ici et maintenant ? En présence ? En tranquillité intérieure ? Sommes-nous en situation de disponibilité vis-à-vis de la personne accompagnée ? Est-ce que nos sens sont en éveil afin de recevoir et d’accueillir l’entièreté de la personne, sans analyser, sans associer, sans comparer, sans juger, etc. En somme, il s’agit de recevoir et d’accueillir avec compassion, là où nous sommes, là où nous en sommes.

Et enfin, nous n’avons pas à réagir à la seule souffrance de la personne cliente comme votre question l’indique. Nous devons être ici, là et maintenant présent, afin d’accompagner une personne digne d’attention et de reconnaissance, en demande de ce mode relationnel, qui a répondu positivement à celui-ci contractuellement, et qui de surcroît, a entendu que nous allions l’accompagner -et pas autre chose- là où ses besoins profonds l’orienteront, sans relâche, jusqu’au bout, et ce, sans jugement, sans intention, et avec bienveillance, respect et considération. Ne trouvez-vous qu’il s’agit d’un beau programme ?     

Q : En fait, la personne raconte une souffrance et à la fin de l’heure elle repart avec une espérance ? (Rires du groupe…)

R : Oui, en quelque sorte ! Comprenons-nous, il ne s’agit pas d’un tour de passe-passe. Le rapport de la douleur-souffrance rend difficile une cohabitation avec toute autre considération. Le risque pour la personne est de tourner en boucle avec cette réalité partielle scotchée à elle. Je ne sous-estime pas cette réalité partielle, mais la particularité de celle-ci est de focaliser son esprit et d’ensabler sa conscience. Ce « manque-à-être » modifie progressivement les rapports de la personne avec elle-même, et avec les autres. Et des questions inévitables surgissent : Pourquoi ? Pourquoi moi ? Etc. Ces questions de la part de la personne demandent à être reçues et accueillies par le coach de vie. Et à ce dernier de réinterroger la personne accompagnée sur ses représentations de la vie, de ce que c’est de vivre et… d’exister ! Et sur ses besoins, là, ici et maintenant… Parfois ce sont des besoins simples qui émergent à cet instant. Des besoins primaires de sécurité, de contenant, de cocooning… Puis des besoins fondamentaux apparaissent ensuite, des « besoins d’être » surgissent, souvent à l’étonnement de l’accompagné qui depuis longtemps n’avait plus perçu ce genre de sensations, d’aspirations.

Alors, oui… la personne accompagnée peut ressentir une espérance prudente, quelque fois un espoir joyeux à la fin d’une séance. Là plus que jamais, le coach de vie se doit d’être présent, contenant, bienveillant, respectueux… et manifester un accueil inconditionnel de la personne tout entière, telle qu’elle est, là où elle en est, de son histoire, de son rapport avec sa souffrance.

Q : Que pourriez-vous énoncer comme précautions à prendre pour un accompagnant coach de vie face à une personne en situation de souffrance ?

R : Au-delà de ce que j’ai évoqué précédemment dans nos échanges, il m’apparait essentiel :

  • Que l’accompagnant coach de vie puisse vérifier régulièrement la qualité de son positionnement et de sa posture d’accompagnant. Et grâce à sa disponibilité intérieure, qu’il s’ajuste en conséquence…
  • Qu’il soit en attention à sa façon d’être là, ici, et maintenant.
  • Par un questionnement ouvert, de proposer à l’accompagné de s’interroger aussi rapidement que possible sur ses « besoins d’être ». (Afin qu’il ne reste pas enlisé dans son « manque-à-être », dans sa souffrance).
  • Qu’il sache présenter clairement ce qu’est le coaching de vie, son dispositif, ses modalités, le cadre dans lequel se déroule les séances. Il renforce ainsi la confiance, la sécurité ontologique, la sensation d’être contenu par un dispositif relationnel clair et sans ambiguïté.
  • Qu’il parvienne à s’ajuster au besoin de présence, de bienveillance et de bientraitance de la personne accompagnée. Et pourquoi pas en lui posant ouvertement la question de ce dont elle a besoin dans la relation présente…
  • Que le coach de vie sache reconnaître ses limites, ses solidités, ses faiblesses.
  • Qu’il s’assure que la personne accompagnée n’est pas en situation de danger. Si cela est le cas, il doit avoir la possibilité de la diriger vers des professionnels de santé.
  • Et qu’il soit en supervision régulièrement pour que la responsabilité qui lui incombe en tant que coach de vie soit questionnée et revisitée sans cesse.

Q : Quelle pourrait-être votre conclusion ?

R : En toute circonstance et situation, il est fondamental que l’accompagnant coach de vie puisse « être le plus possible pour faire le moins possible » !

Roger DAULIN Superviseur coach de vie

A retenir :

  • Un coach de vie n’accompagne pas la souffrance elle-même. Il accompagne une personne en situation de souffrance. Ce différentiel est essentiel !
  • La compassion est une des vertus cardinales en coaching de vie.
  • Accompagner c’est être en proximité, en présence et offrir l’hospitalité à l’ensemble de la personne, dans sa globalité, sa diversité, sa complexité irréductible, son mystère… et sa souffrance, si souffrance il y a…
  • Le coach de vie ne prend pas en charge, il accompagne !
  • « Être le plus possible pour faire le moins possible… »
  • Accompagner est avant tout une rencontre humaine, d’Être à Être.

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